Wendy Holdener, Emotion in Motion

Entre l’adrénaline des portes de slalom et la douceur de vivre de son village natal, Wendy Holdener, la championne suisse — qui compte 57 podiums en Coupe du monde à son actif — se confie comme rarement auparavant. Loin des pistes et du chronomètre, Wendy Holdener nous parle d’ambition, de dépassement de soi, et de cette quête constante d’équilibre entre sa vocation sportive et sa vie personnelle. À la rencontre d’une athlète qui, après 15 ans au plus haut niveau, a appris à savourer le voyage autant que la destination.

wendy holdener - photo Johann Sauty

Comment êtes-vous devenue skieuse? Comment cette discipline a-t-elle façonné la personne que vous êtes devenue?

J’ai grandi dans un petit village d’environ 2300 habitants. Là-bas, le ski alpin ou le ski de fond étaient la principale source de divertissement durant la saison d’hiver. Comme mes parents et mes frères aînés étaient des passionnés de ski, il était tout naturel pour moi, en tant que petite dernière, de suivre leurs traces. Dès mon plus jeune âge, le ski m’est apparu comme une vocation, et j’ai poursuivi ce rêve pour en faire une carrière.

 

57 podiums en Coupe du monde, 9 médailles aux Championnats du monde et 5 médailles olympiques : vos résultats sont impressionnants. Comment vous sentez-vous vis-à-vis d’un tel parcours? D’où vient votre motivation?

Je suis vraiment satisfaite de ma carrière. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu participer à la Coupe du monde et devenir championne du monde. Cependant, lorsque j’étais petite, je n’aurais jamais imaginé accomplir tout ce que j’ai accompli aujourd’hui. Par-dessus tout, je suis fière de moi et de ma constance : maintenir cette place au sommet, année après année, n’est pas une mince affaire. 

Je pense que ce qui me motive le plus, c’est d’appréhender mon potentiel en tant qu’athlète. Chaque jour, je travaille pour atteindre ce plein potentiel, mais je ne peux donner le meilleur de moi-même que lors de quelques courses. Travailler dur pour devenir une meilleure athlète et skieuse, voilà ce qui me fait avancer. 

Quel est le secret de votre constance? Selon vous, quelle est la chose la plus importante à garder à l’esprit pendant une compétition?

À mon avis, la première étape consiste à établir un plan clair et à le visualiser, à imaginer les sensations que je voudrais ressentir durant la descente. Cependant, au départ, je n’ai besoin de me concentrer que sur une seule chose : repousser mes limites, être aussi rapide que possible, mettre les gaz. C’est cette approche qui m’a permis de réaliser mes meilleures courses à ce jour.

Je participe à la Coupe du monde depuis 15 ans et j’ai beaucoup travaillé ma technique. Je m’entraîne rigoureusement et passe environ 80 jours sur les skis avant le début de chaque saison. D’une certaine manière, toutes ces compétences techniques sont ancrées en moi, et je n’ai pas besoin d’y penser beaucoup lorsque je suis lancée. Curieusement, mes meilleures courses sont d’ailleurs celles durant lesquelles je ne réfléchis pas trop; je préfère me dépasser et faire quelques erreurs — ce qui m’a souvent permis d’obtenir un meilleur temps — plutôt que de miser sur la perfection technique. À très haut niveau, le ski de compétition est un sport vraiment exigeant, et d’après mon expérience, le mental joue énormément. 

wendy holdener - photo Johann Sauty

Laquelle de vos médailles a la plus grande valeur sentimentale pour vous? Quel est votre plus beau souvenir de compétition?

Il y a deux moments dans ma carrière qui ont une grande importance pour moi.

  D’abord, ma première victoire au Globe de cristal, en combiné alpin. J’étais en tête après le slalom avec environ 1,5 seconde d’avance, et je savais que je devais conserver mon avance lors de la dernière manche. Cependant, la deuxième manche était un super-G, une discipline dans laquelle je ne brille pas particulièrement. Malgré tout, je savais que je devais tout donner et skier à fond. Et c’est exactement ce que j’ai fait, en réalisant une performance incroyable ! J’avais atteint mes limites et commis quelques erreurs, mais j’ai persévéré. Et lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée, j’avais toujours 46 secondes d’avance. J’ai remporté la course et le Globe de cristal chez moi, en Suisse. Je me souviens que la foule était en délire ; c’était l’une des courses les plus inoubliables que j’aie jamais vécues.

Mon deuxième souvenir marquant remonte aux Championnats du monde de 2017, qui se déroulaient également en Suisse. Mes précédents Championnats du monde avaient été désastreux, mais cette fois-ci, j’ai remporté les médailles d’or et d’argent. Ce jour-là, j’ai pu fêter mes deux premières médailles dans mon pays natal, en plus de devenir championne du monde. C’était incroyable de vivre tout cela en Suisse avec ma famille, mes coéquipiers, mes amis et des milliers d’inconnus qui m’acclamaient à l’arrivée. J’ai vraiment ressenti ce sentiment de communauté et ça faisait chaud au cœur. 

Qu’aimez-vous faire quand vous n’êtes pas sur les pistes?

J’adore les jeux de cartes, et passer du bon temps entre amis et en famille. J’aime voyager et découvrir toutes sortes d’endroits et de sports. Le wakesurf, par exemple, m’a vraiment séduite. Mais surtout, j’aime rester active, car cela m’apporte de la joie et me fait me sentir bien physiquement.

Selon vous, quel trait de personnalité vous décrit le mieux? Quels sont votre plus grande qualité et votre pire défaut?

Je dirais que l’ambition est probablement à la fois ma plus grande qualité, mais aussi mon pire défaut. Elle me conduit parfois à manquer de recul et me fait avancer vers mes objectifs avec des œillères. J’essaie donc de me souvenir qu’il faut considérer les choses dans leur ensemble.

J’ai aussi tendance à réfléchir beaucoup — et parfois, peut-être un peu trop. Cependant, je suis aujourd’hui convaincue que c’est une force. À certains moments de ma carrière, j’ai essayé d’être plus dans l’action et de sortir un peu de ma tête, mais j’ai finalement réalisé que ce n’était pas la bonne approche pour moi. J’ai accepté cette réalisation et j’ai trouvé une voie qui me convenait mieux. Certains skieurs peuvent être assez impulsifs et vont même jusqu’à mettre leur vie en danger; je suis contente de ne pas être comme ça. Je connais mes limites et j’ai trouvé le bon équilibre au fil des années.

Qu’est-ce qui vous inspire dans le concept de mouvement? Qu’est-ce que cela dit de vous et de votre vie?

Bonne question! Je crois qu’une fois que l’on a trouvé son propre rythme, que ce soit dans le sport ou dans la vie, on commence à se sentir incroyablement bien. Sur une piste de slalom, quand tout s’aligne parfaitement et que je suis en phase avec chaque virage, ça suffit à me rendre heureuse. C’est cette sensation que je recherche quand je suis sur mes skis.

Sur quel nouveau défi vous concentrez-vous aujourd’hui?

Je pense que mon plus grand défi est de trouver le juste équilibre entre ma vie personnelle, le sport et le travail. Il y a aussi une question qui m’occupe sans cesse l’esprit : «Qu’est-ce que j’ai envie de faire ensuite?» 

Tant que je suis au sommet de ma carrière, je réfléchis aux petits ajustements que je souhaite mettre en place pour la saison à venir et à la manière dont je peux pimenter ma routine sportive. Depuis 15 ans, mes entraînements estivaux sont toujours pratiquement les mêmes; je cherche donc à changer quelques petits détails pour entretenir mon engouement et créer de la nouveauté.

En résumé, je ne me concentre pas sur un unique objectif principal, mais plutôt sur de nombreux petits objectifs qui, ensemble, m’aident à devenir un meilleur athlète.  

 Avez-vous un rêve qui ne s’est pas encore réalisé?

J’aspire à trouver un autre domaine dans lequel je suis vraiment douée et qui m’apporte autant de joie que le ski de compétition. Je n’ai pas de rêve absolu en tête; je suis satisfaite de mes réalisations actuelles et de la trajectoire de ma carrière. Je continuerai à tirer le meilleur parti de ces opportunités. Tout ce que je peux accomplir en plus au cours des années à venir, ce sera pour moi un bonus bienvenu.

Quelle est la leçon la plus précieuse que vous ayez apprise cette année?

Cette année, je n’ai pensé qu’à décrocher le titre de championne olympique. J’ai oublié de profiter de l’aventure et des expériences qui vont avec tant j’étais concentrée sur le résultat final et j’ai manqué toutes les belles choses que cette année avait à offrir. Il faut profiter du voyage autant que de la destination. 

 

Quel type de tenue vous décrirait le mieux?

Une tenue à la fois sportive et élégante, tout en étant confortable. Une tenue dans laquelle je pourrais courir si je le voulais, mais que je pourrais aussi porter pour une soirée à l’opéra. Habillée comme ça, je me sentirai en confiance en moi et je serai prête à relever tous les défis qui se présenteront à moi.

Par Eduardo Costerg / Photos Johann Sauty