Le Montreux de Francis Cabrel

Parlez lui de Montreux, il vous parlera des légendes du rock et du jazz. Il se souviendra de sa jeunesse, de ses débuts dans la musique et de son premier groupe de musique. Discret, Francis Cabrel traverse le temps avec ses textes, ses chansons, elles, continuent de marquer plusieurs générations. À l’occasion de sa nomination comme ambassadeur d’honneur de la ville, l’auteur de Je l’aime à mourir évoque ses souvenirs, son rapport au temps, à l’écriture et à cette musique qui continue de traverser les générations.

ECHOES OF THE RIVIERA MAGAZINE LE FAIRMONT MONTREUX PALACE FRANCIS CABREL

Qu’avez-vous ressenti en étant nommé ambassadeur d’honneur de Montreux ?

J’ai pris cela comme un immense honneur, une faveur d’importance. Montreux résonne depuis longtemps dans ma tête et dans celle de tous les amoureux de la musique comme une place forte de la musique, avec des programmations audacieuses. En Europe, peu d’endroits ont osé programmer des artistes comme Aretha Franklin ou Ella Fitzgerald. On a toujours entendu parler de Montreux. Être ambassadeur, je ne prends pas cela au pied de la lettre, mais cela me flatte énormément.

Comment avez-vous appris cette nomination ?

Cela a été une surprise. L’annonce a été faite sur scène par le maire de Montreux lors de la dernière édition des Émergences Musicales.

Que représente Montreux pour vous aujourd’hui, humainement et musicalement ?

Montreux a toujours représenté une place forte de la très bonne musique, de la musique bien choisie. Je suis un amoureux du jazz et du rock des années 70. Quand je voyais les programmations de Montreux, cela faisait rêver les jeunes que nous étions dans nos campagnes. Plus tard, il y a eu Marciac près de chez nous, mais Montreux reste l’étincelle, le précurseur.

Avez-vous un souvenir particulier lié à Montreux

Quand j’avais 17 ans, je chantais dans des groupes de rock puis dans des orchestres de bal. Nous interprétions souvent Smoke on the Water. Chaque fois que je prononçais le mot « Montreux » et que j’entendais parler du lac Léman, cela alimentait un rêve. Cette ville que je ne connaissais pas était entourée d’un mystère fascinant. Le jour où je l’ai découverte, toutes ces émotions sont remontées à la surface.

C’est un très beau souvenir. On a presque l’impression de voyager avec vous lorsque vous l’évoquez. À propos du temps qui passe justement, votre œuvre traverse aujourd’hui les générations. Quel regard portez-vous sur la manière dont les jeunes découvrent votre musique ?

Je ne sais pas exactement comment ils découvrent ma musique aujourd’hui. J’entends souvent que ce sont leurs parents ou leurs grands-parents qui leur ont transmis mes chansons, lors des trajets en voiture ou des vacances. Cela passe beaucoup par la filiation. Voir que ma musique se transmet me fait plaisir. Cela signifie que les chansons ont été suffisamment travaillées pour résister au temps. Je me considère comme un artisan : j’ai toujours pris beaucoup de temps pour écrire et polir mes chansons.

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Et en ce moment justement, est-ce que vous écrivez de nouvelles chansons ?

Oui. J’écris pour un prochain album. J’ai commencé il y a un an, mais il me faudra encore environ deux ans de travail. Je vais lentement. J’observe beaucoup. Je suis à l’affût de ce qui se passe autour de moi, de l’actualité, des conversations, pour y puiser des idées.

Dans un monde où tout va très vite, vos chansons semblent offrir un espace de respiration… Pour autant, vos textes racontent toujours quelques chose de profond…

Je ne sais pas faire léger. Il me faut une idée que je puisse creuser, avec du sens et de la profondeur. J’aime comprendre ce qu’il y a derrière quelques mots, raconter quelque chose qui ne se contente pas d’effleurer les choses.

C’est cette discrétion que vous cultivez depuis vos débuts qui permet cette  liberté artistique ?

Je suis né à la campagne et j’ai conservé ce rythme-là. Mes grands-parents cultivaient la terre, mon père aussi. J’ai appris la patience et la valeur du temps. Je vis toujours dans cette région et je vais à la vitesse de la province. C’est sans doute ce qui me permet de travailler comme je le fais.

Les thèmes qui vous inspirent aujourd’hui sont-ils les mêmes qu’au début de votre carrière ?

Ils ont évolué parce que l’époque change. J’observe beaucoup la société et la vitesse à laquelle elle se transforme. Mais il faut toujours que cela reste enrobé d’un certain romantisme. Je cherche la bonne manière de dire les choses, parfois de façon à ce qu’elles ne se révèlent qu’à la deuxième ou troisième écoute.

Dans votre répertoire, y a-t-il une chanson que vous ressentez différemment aujourd’hui qu’au moment de son écriture ?

Quand je chante Les Murs de poussière, écrite il y a presque cinquante ans, je la trouve parfois un peu juvénile. Mais elle témoigne d’une époque et de celui que j’étais alors. Cela ne me gêne pas. Mon public continue de me la demander et nous essayons de la réactualiser sur scène, sans la dénaturer. 

En parlant de scène, avez-vous toujours envie de monter sur scène ?

Je ne cours pas après la scène. Ma période préférée, c’est celle que je vis actuellement : seul chez moi avec mes cahiers, mes guitares, mon piano. J’aime énormément ce travail solitaire et silencieux.

Qui découvre vos chansons en premier ?

Je les fais d’abord écouter à ma famille : mon épouse, mes enfants. Ensuite à quelques amis proches.

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Le premier cercle est-il toujours objectif ?

(Rire) Le premier cercle est souvent le plus exigeant, mais c’est précisément ce qu’il faut.

Si vous deviez associer Montreux à une image, laquelle choisiriez-vous ?

La statue de Freddie Mercury au bord du lac est évidemment très emblématique. Mais j’ai aussi eu la chance de visiter le chalet de Claude Nobs. J’y ai retrouvé tout un panthéon musical : Leonard Cohen, Van Morrison, Bob Dylan, Aretha Franklin… C’est cet univers-là qui me vient immédiatement à l’esprit.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune artiste qui débute ?

De rester lui-même. De ne pas chercher à ressembler à quelqu’un d’autre. Il faut du travail, de la patience, de l’abnégation et ne jamais se décourager. Il faut aussi être un peu têtu.

Le Fairmont Montreux Palace vous évoque-t-il quelque chose ?

Oui, bien sûr. Lorsque je venais chanter au Stravinski, il suffisait de traverser la rue. Je me souviens notamment du bar, très marqué par l’univers du jazz, avec toutes ces photos d’artistes passés par Montreux. C’est un lieu chargé d’une histoire musicale que j’aime profondément.

 

Si vous deviez imaginer une soirée idéale au Fairmont Montreux Palace, à quoi ressemblerait-elle ?

À ces soirées d’après-concert où de grands artistes reprennent une guitare ou s’installent au piano devant quelques dizaines de personnes seulement. J’aurais aimé assister à ce genre de moment avec Leonard Cohen ou James Taylor. Ce serait ma soirée idéale.

Vous auriez pu être une rock star à la campagne…

(Rire) Quelqu’un de la campagne, ça, c’est sûr. Je suis très content de ce qui m’est arrivé. Je ne sais pas si je suis une rockstar, ça m’étonnerait, mais… j’aime rêver sur ce monde-là.

C’était une belle époque…

Je suis impressionné par tous les artistes qui sont passés à Montreux. S’il fallait en citer un, je mentionnerais sans doute Aretha Franklin, que j’ai énormément écoutée.

Claudia FERREIRA